Surprenant. Très surprenant. Lorsque j’ai ouvert le flacon d’huile essentielle de sapin pectiné ou sapin argenté (abies alba), je m’attendais à une odeur de sapin de noël. Je me suis dit qu’avec les fêtes qui approchent, ça allait être sympa comme choix, surtout en Martinique. Je me voyais déjà donner une petite note olfactive à mon appartement, façon vin chaud et feu de cheminée. Oups. Je me suis clairement trompée de candidat !

Quand j’ai reniflé le flacon pour la première fois, je m’y suis reprise à deux fois ! Mon cerveau avait décidé que ce serait telle odeur et mon nez reniflait autre chose. Bizarre comme impression, une schizophrénie des sens. C’est au contraire une odeur légère, fraîche, dynamique, presque un agrume. Déconcertant. J’ai du rechercher sur internet des descriptifs pour me rendre compte que mon sapin pectiné était tout ce qu’il y a de plus normal. Et c’est bien ce qui fait la particularité de cette huile essentielle de conifère, pas comme les autres.

Et ça m’a donné envie d’en savoir plus, forcément, sur sa composition : c’est pas tous les jours qu’on rencontre un sapin qui se prend pour un citron !

Composition de l’huile essentielle de sapin pectiné (Abies alba)

  • Monoterpènes (90 à 95%) : alpha-pinène (24%), camphène (21%), limonène (34%)
  • Esters terpéniques (5 à 10%) : acétate de bornyle
  • Acétone (traces)

Je comprends mieux l’odeur maintenant. Celle des monoterpènes, comme dans le citron où ils sont majoritaires, d’où l’association d’idée. Mais là, la composition est assez effrayante niveau tolérance cutanée, elle va devoir être très diluée si on veut l’appliquer sur la peau ! Apparemment, les sapins de basse altitude sont plus concentrés en monoterpènes que leurs voisins montagnards qui eux ont davantage d’esters.

A noter que l’alpha pinène, typique de la famille des abiétacées est cortison-like.

La présence d’acétone, produite naturellement par Abies alba lui confère une certaine toxicité dans la mesure où c’est un neurotoxique. La voie orale est très clairement déconseillée.

abies-alba-sapin-pectine

Dangers et contre-indications de l’huile essentielle de sapin pectiné

Je ne sais pas vous, mais pour moi, les huiles essentielles de pin et sapin sont dans une petite case « en diffusion » dans mon esprit. C’est peut-être un peu réducteur, mais vu leur potentiel dermocaustique, la toxicité éventuelle par voie orale, la difficulté de conservation (j’y reviens dans le dernier paragraphe)… le plus sûr c’est la diffusion.

La voie orale est interdite en raison de la présence possible d’acétone. La voie cutanée est à utiliser avec précaution et certainement pas pour un usage cosmétique (uniquement thérapeutique, sachant que sa valeur thérapeutique est loin d’être exceptionnelle à ce pauvre sapin).

On oublie également pour les femmes enceintes ou allaitantes et les jeunes enfants de  moins 6 ans, à l’exception de la diffusion.

he-sapin-pectine

Propriétés de l’huile essentielle de sapin pectiné (abies alba)

Arrivé à ce niveau là, vous vous dites peut-être que franchement, elle n’a pas grand chose à offrir cette huile essentielle, alors autant laisser ses aiguilles à ce sapin, et se tourner vers autre chose. Sauf que. N’en déplaise à ceux qui n’aiment pas son odeur, elle a en diffusion, paraît-il, la capacité à élever le niveau vibratoire des habitations.

Quant à sa valeur thérapeutique, il faut reconnaître qu’elle est bien maigre par rapport à des huiles essentielles comme le Tea tree ou la sarriette. Cependant, sa richesse en monoterpènes et notamment en alpha-pinène cortison-like nous laisse deviner à la fois un rôle d’antiseptique atmosphérique (comme le citron) et de stimulant pour le mental. Elle est également reconnue comme anti-arthrosique même si ce n’est pas la meilleure dans le domaine au vu de la teneur en esters, on lui préférera des sapins plus montagnards.

Indications et voies d’utilisation du sapin pectiné

Voie orale

Clairement, cette voie là est tout sauf appropriée en raison des traces d’acétone présentes. C’est neurotoxique. La cuisine, on n’y pense même pas.

Voie cutanée

La cosmétique, c’est non. Surtout que le limonène est reconnu pour présenter un risque d’allergie chez les personnes sensibles.

Et puis, la conservation des terpènes étant ce qu’elle est, non décidément, ce n’est pas la meilleure façon de profiter de ses bienfaits.

Pour une utilisation thérapeutique, dilution grand max 10% sur une zone limitée, en cas d’arthrose ou pour les problèmes respiratoires comme une bronchite. L’application devra toujours être limitée dans le temps, fortement dilué, et appliquée sur une surface limitée. Mais pour observer des résultats, on aura tout intérêt à la coupler avec une autre huile essentielle à la valeur thérapeutique avérée.

huile-essentielle-sapin-blanc

Diffusion, olfaction

C’est là qu’on doit profiter de notre beau sapin roi des forêts. On l’invite à la maison et il élève les vibrations. C’est aussi pour ça qu’il a un impact positif, stimulant sur le mental. En aromathérapie énergétique, il occupe une place de choix.

 

Conservation de l’huile essentielle de sapin pectiné (abies alba)

Comme tous les conifères (famille des abiacées ou pinacées), le sapin pectiné, du fait de sa richesse en monoterpènes est susceptible de se dégrader avec le temps. Il faut donc être vigilant. Car cette dégradation des monoterpènes, conduit à la formation d’hydroperoxydes allergènes par la voie cutanée. Préférez la diffusion en cas de doute.

Les résineux ne doivent pas être dans un endroit trop chaud, ni trop froid, ni subir des variations de température trop importante, car les composants se séparent et les composants résinoïdes tombent au fond…Mais attention, le frigo est trop froid, ce n’est pas bon. L’idéal se situe autour de 8-9°C. Pas évident, mais si vous avez une cave à vin, ça peut être jouable.

ficheHE13sapin

 

Recherches utilisées pour trouver cet article:huile essentielle de sapin pectiné, huile essentielle de sapin, abies alba proprietes, huile essentielle sapin, huile essentielle sapin pectine, sapin pectine, utilisation huile essentielle abies alba, utilisation huile essentielle sapin, valeur énergétique des huille Sapin Baumier

    6 replies to "L’huile essentielle de sapin pectiné : propriétés et utilisation sans danger (Abies alba)"

    • […] la fatigue : les huiles essentielles à pinènes qui vont agir sur les surrénales : Mélèze, Sapin pectiné, Sapin géant, Epinette […]

    • Clement

      Bonjour,
      Pour vous faire une brève réponse, non je n’ai jamais détecté d’odeur d’acétone au nez, c’est la chromatographie qui l’indique, il apparaît en général en premier et sa teneur ne dépasse généralement pas 0,01%, une seule chromato le mentionne à 0,03% et ce n’est pas sur du sapin. De plus cette valeur de 0,01% correspond au seuil de détection je suppose puisque c’est la valeur la plus faible.
      Au delà de cela il est sur que le sapin n’est pas le producteur de la meilleure huile essentielle à prendre en interne, on le sait. Néanmoins on le retrouve dans certains produits alimentaires tels les bonbons au sapin vosgien, dans des recettes, sur les tables de certains restaurants, dans des charcuteries… et c’est délicieux!
      Quand aux conseils en interne il y en a forcément, ce n’est pas parce que je suis producteur ou non mais je ne m’avancerais pas sur ce terrain sachant qu’il y a des gens comme vous, des livres, des sites etc qui le font très bien et je ne vois pas ce que ma petite expérience pourrait y apporter vu que je n’amènerais rien de neuf sur le sujet. Je n’ai pas cette prétention et crois que pour être complet ce noble sapin pectiné mériterait que l’on se penche sur lui à savoir une vraie étude se donnant (nous donnant) les moyens d’en savoir plus.
      Ce que je peux apporter par contre c’est mon expérience de terrain en temps que producteur et non de médecin, j’ai fait ce choix pour être proche des plantes et non des malades. Malheureusement les vides que laisse la médecine allopathique derrière elle (parce qu’elle a voulu faire route seule sans s’allier à d’autres visions du corps) crée une demande de conseils forte à laquelle nous ne pouvons pas toujours répondre. Il y a une limite, qui ne m’empêche nullement de connaître et conseiller les plantes et huiles essentielles en restant sur le bien être, le quotidien etc… pas le thérapeutique en tous cas. Simplement être producteur n’est pas être herboriste ou aromathérapeute, même si cela nécessite une grande connaissance des plantes, de leurs processus de transformation, de leur stockage et in fine de leur utilisations.
      A ce sujet et pour finir, la réglementation nous impose d’ailleurs de choisir une destination finale à nos huiles essentielles, c’est à dire qu’à chaque usage correspond des critères d’étiquetage ainsi qu’une TVA etc…. Une huile essentielle ne peut donc être vendue pour un usage cosmétique et en même temps alimentaire par exemple, ou comme parfum…
      Étant producteur en AB le choix qui s’impose est celui du produit alimentaire, TVA 5,5% et label AB possible (sinon c’est cosmébio ou …?) ainsi nos HE sont vendues comme produits alimentaires, destinées à un usage alimentaire. C’est le cas pour beaucoup je crois et il n’est pas rare de lire aussi “pour denrées alimentaires, 2 gouttes par kg de préparation”. C’est une aberration qui nie le caractère multi usage des huiles essentielles et peux induire en erreur des novices avec la confusion alimentaire = comestible….
      Voilà, je ne répond pas forcément directement a vos questions mais cela est ma position. Je pense pour conclure que le sapin en HE et en interne, même si ce n’est pas là son utilisation principale, ne doit pas être vu comme impossible. On retrouve de l’acétone en trace dans d’autres chromato, ce n’est pas propre au sapin. Les cétones sont une famille intéressante malgré leur neurotoxicité…. ,et on ingère des HE en contenant…etc Tout cela non pas pour dire qu’il faut y aller les yeux fermés, bien au contraire, simplement j’aimerais laisser la porte ouverte et me dire qu’il faudrait en savoir plus…. Qu’il sent bon le sapin, en bonbons comme en diffusion!
      A bon renifleur/fleuse très bonne continuation à vous et merci de votre attention

    • Clément

      Bonjour,
      je suis tombé sur votre article et il est vrai que l’huile essentielle de sapin n’est pas une majeure par rapport à d’autres grands classiques tels les ravintsara, tea tree ou encore lavande fine pour parler un peu plus de ce qui est local.
      Malgré tout elle jouit d’un intérêt puisque comme vous le savez une plante ce n’est jamais du zéro, il y a toujours quelque chose. C’est vrai que dans la forme (et non le fond) on pourrait avoir l’impression que vous “descendez” cette huile essentielle, alors qu’elle est digne d’intérêt comme d’autres résineux. Le pin sylvestre est d’ailleurs très intéressant et est un grand classique pour faire dans la même famille.
      Tout cela pour en venir à ce que je voulais ajouter à ces échanges :
      la présence d’acétone se retrouve effectivement dans certaines chromatographies de sapin mais pas dans toutes mais on peut aussi en retrouver dans d’autres chromatographies d’huiles essentielles telles les menthes, les thyms…etc. En fait il n’y a pas de règles et on ne peut conclure ni a une présence d’acétone dans l’huile essentielle (puisqu’il n’est pas toujours présent) ni à un résidu du aux gaz injectés puisqu’on en retrouve pas systématiquement à chaque analyse.
      On conclut donc que cette molécule pourrait être le résultat de processus chimiques au sein de l’huile essentielle lors de la séparation des molécules puisque c’est ce qui se passe au cours d’une chromatographie.
      En tant que producteur situé dans les Vosges vous comprendrez que le sapin… c’est quelque chose!
      En tous cas votre travail est tout à fait indispensable dans le sens où nous, producteurs, ne pouvons donner de conseils, ainsi il est indispensable que les clients puissent avoir accès à de l’information sérieuse et ainsi éviter quelques désagréments facilement évitables avec quelques principes préventifs, de bon sens.
      Bien cordialement et bonne continuation
      Clément

      • Cécile MAHE

        Bonjour Clément, tout d’abord, je tiens à repréciser qu’il ne s’agit pas de descendre cette huile essentielle. Je comprend totalement qu’elle ait une importance particulière pour les montagnards. Et le fait qu’elle ait un impact fort au niveau diffusion la rend intéressante à mes yeux, tout autant qu’une autre. Simplement je crois que chaque huile essentielle a ses spécificités. Il y a quelques généralistes asses exceptionnelles, et des spécialistes dont fait partie le sapin.

        Merci pour ces précisions concernant l’acétone! Très intéressant. Le vrai point est qu’il est parfois difficile d’avoir accès aux résultats de chromato… d’où la prudence. Du coup j’ai une question puisqu’il pourrait s’agir d’un produit de dégradation, apparaissant a posteriori, est-il possible de le détecter à l’odorat? En avez-vous fait l’expérience?

        De plus, j’ai du mal à percevoir l’intérêt du sapin pectiné par voie orale. Faute d’informations à ce sujet, il faut bien l’avouer. Si vous avez des usages en ce sens, n’hésitez pas à les mentionner. Promis on ne dira pas que c’est un producteur qui a donné le conseil 😉

        Merci pour vos encouragements, à bientôt!

    • Nicolas

      Il est surprenant de rejeter en bloc l’usage alimentaire d’Abies alba sous prétexte “qu’il pourrait contenir? des traces d’acétone!!!”. Les recherches biblio ne suffisent pas pour affirmer de telles généralités. Franchomme et Pénoël le mentionnent bien dans leur ouvrage. On ne peut caractériser une HE par la seule lecture des molécules qu’elle contient. Il serait judicieux de se rapprocher des producteurs qui chromatographient leur HE et qui, à la lecture de l’analyse n’observent aucune trace d’acétone dans leur HE de sapin!!!!
      Un détail également, ce sont les agrumes qui sentent le sapin et non l’inverse. Chronologiquement parlant, l’existence de la grande famille des pinacés (ou conifère) est antérieure à l’existence des rutacées .Et donc la première famille du règne végétal à avoir produit des molécules aromatiques comme le limonène.
      Enfin, qui peut réellement prétendre comprendre l’action d’une HE à la seule lecture de la chromato? Soyons humbles et reconnaissons que l’aspect TOTUM et donc synergique des molécules entre elles (plus de 140 pour le Sapin pectiné) reste trop complexe pour notre entendement. Se résoudre à ne faire émerger que celles présentes à l’état de traces parce qu’elles représentent un danger potentiel est une reproduction de la lecture cartésienne du milieu scientifique (Ecole Française) qui, dépourvue de réponse face aux HE se cantonne à appliquer le principe de précaution. Les HE restent un mystère pour beaucoup (l’empirisme est encore de mise dans la pratique) mais les distillateurs qui perpétuent ce savoir-faire possèdent des connaissances dont aucun ouvrage ne fait mention: alors consultez les!!!! Et encourageons la recherche à effectuer de véritables tests cliniques, alors pourrons nous peut-être avoir ainsi de véritables conseils d’utilisation.

      • Cécile

        Bonjour Nicolas, je suis désolée que et article vous aie autant déçu. Voici quelques précisions concernant les points que vous abordez:

        – l’odeur d’agrumes: oui, on peut discuter de l’oeuf et de la poule et décider que le limonène était déjà synthétisé par les sapins au moment où ils sont apparus sur terre, mais en réalité, qui peut le dire? C’est pour ça que j’associe les deux odeurs, en faisant fi de chronologie (qui a besoin de chronologie? je ne suis pas historienne!)

        – la présence d’acétone est possible et pas certaine, c’est pourtant bien écrit ci-dessus, non? C’est une précaution dans la mesure où il n’est pas toujours possible d’accéder facilement aux résultats des chromatos. Le but du blog est d’apprendre à utiliser les HE au quotidien SANS DANGER, c’est à dire en considérant les risques possibles. Oui, j’applique le principe de précaution, c’est d’ailleurs dans le sous-titre du blog, et j’en suis fière. Car dès que l’on s’en écarte, on rentre dans une utilisation thérapeutique qui nécessite l’avis d’un thérapeuthe. Et là, on n’est plus dans l’aromathérapie familiale.

        – les petits producteurs sont au coeur de ma démarche dans la mesure où je n’achète qu’auprès d’eux et que je rappelle régulièrement que je tiens à jour un annuaire, qui ne demande qu’à être complété. Peu de blog sur la toile qui promeuvent les grandes marques et touchent de ce fait des commissions peuvent s’en enorgueillir. Je les consulte quand c’est possible pour moi. Dernier en date, le bois d’inde, car produit en Guadeloupe, nous sommes sur le même fuseau horaire. Des interviews sont prévues, mais le temps me manque (et le décalage horaire n’aide pas). Je donne ici beaucoup, gratuitement, mais malheureusement je n’ai que des journées de 24h et un travail prenant. N’hésitez pas à lancer votre propre blog et à partager des infos qui vous paraîtront de meilleures qualité. Nous serons tous gagnants! Soyez assuré que mes recherches biblio se font auprès des auteurs les plus sérieux.

        – concernant mon approche des huiles essentielles. Vous pouvez lire deux articles écrit à ce sujet, qui vous rassureront sur le fait que je n’ai pas une approche purement chimique, bien au contraire:
        ” L’huile essentielle est un totum, pas qu’un assemblage de molécules”: https://plante-essentielle.com/une-huile-essentielle-nest-pas-quun-assemblage-de-molecules/
        Et “La vraie nature des huiles essentielles”: https://plante-essentielle.com/nature-huiles-essentielles/

        – concernant les tests: je ne peux qu’être en accord avec vous, à 100%. Malheureusement, ce n’est clairement pas d’actualité. C’est pour cette raison qu’à l’occasion de mon “Défi 50” j’ai décidé de tester sur moi l’ensemble des huiles essentielles (et je maintiens, il est hors de question que j’avale le sapin pectiné). J’encourage tous les lecteurs à partager leur propre expérience, car finalement, c’est notre somme de connaissances empiriques à tous qui peut nous faire progresser en l’absence de tests encadrés cliniquement. A ce propos, n’hésitez pas à nous faire part de l’utilisation de Abies alba que vous faites, je suppose, par voie orale et son efficacité. Mais l’absorbez-vous seulement de cette manière? Car vous ne faites que discourir sur les écoles françaises et l’approche bibliographique. Je vous encourage à partager CONCRETEMENT votre PROPRE expérience.

Leave a Reply

Your email address will not be published.