Cet été, j’ai voyagé… en France métropolitaine ! Les plantes ne sont jamais loin quand je vois du pays et elles ont bien évidemment fait partie de ces périples.

Des huiles essentielles religieuses

L’abbaye de Rieunette, les moines cisterciens de l’abbaye de Sénanques ou encore le prieuré de Ganagobie. On trouve des produits monastiques portant ces noms, vous les avez peut-être déjà vus ? Leur vente constitue une part non négligeable du revenu nécessaire à l’entretien des bâtiments religieux historiques. Ils font également partie intégrante de la spiritualité de ces lieux qui vivent selon la règle de Saint-Benoît Ora et labora… Prie et travaille. Ce travail, travail de la terre notamment est l’élément fondamental qui différencie d’ailleurs les abbayes cisterciennes des dominicains ou des franciscains. Le travail est dans ces communautés une valeur forte, centrale si on en croit la guide passionnante qui mène son groupe de visiteurs à travers les salles de l’abbaye.

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Mon endroit préféré? Celui-ci, le cloître, bien plus frais et agréable que les champs de lavande à l’extérieur. Et quelques aromatiques y ont élu domicile si on regarde d’un peu plus près. Lieu de méditation et de lecture… on comprend qu’Ellie Semoun ait choisi ce lieu pour faire une retraite en 2016! Pour ma part, je pense à tous ces religieux célèbres qui nous ont légué un savoir inestimable sur les plantes, comme Hildegarde de Bingen, religieuse bénédictine.

 

Si l’on sort un peu de notre rêverie, on peut se demander, légitimement, lorsqu’on achète un flacon d’huile essentielle de lavande à l’abbaye,  s’il est réellement issu de la production même des moines. On s’y tromperait si l’on imaginait ces hommes en chasuble (ou plutôt coulpe si on veut être exact) autour d’un alambic. Néanmoins, s’ils confient le processus de distillation à une entreprise familiale qui s’occupera également de la mise en bouteille, la culture est de leur chef et la récolte des plantes se font bien sur place, par une entreprise (1), dans ces immenses parcelles qui ceignent l’abbaye et lui donnent en juillet-août ses couleurs de carte postale. La petite histoire ne dit pas si ces plantes qui bénéficient des soins attentifs d’hommes de religion donnent une huile essentielle avec des pouvoirs particuliers….

Toute cette lavande à perte de vue… oups… est-ce bien de la lavande ? Si l’on s’approchait un peu pour vérifier tout ça ? Est-ce que ça ne serait pas plutôt du lavandin, cet hybride au rendement plus important et donc meilleur marché ?

Le jeu des 7 différences… entre lavande et lavandin

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Brin de lavandin
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Brin de lavande

Comment le savoir ? La couleur déjà :

La lavande est d’un beau bleu-violet éclatant, la couleur est vive. Tandis que le lavandin a une tendance plus terne, comme s’il était déjà sec sur pied. Son inflorescence est « tassée », plus concentrée, alors que la lavande prend ses aises et s’autorise plus d’espace.

Et l’altitude bien évidemment. Car la lavande, contrairement au lavandin, ne poussera qu’à partir de 800, 1000 mètres d’altitude et pour cela, il faudrait grimper un peu plus, en direction du mont Ventoux, celui que les cyclistes grimpent avec peine.

Et les brins du lavandin se ramifient. Ils se baladent par trois, tandis que la lavande se la joue solo. Elle est plus distinguée… après tout, c’est elle la reine en Provence. Le lavandin évolue dans son ombre, on parlera éventuellement de lavande, en ignorant sa présence, ou plutôt en feignant de l’oublier, pourtant, il est omniprésent. C’est lui que l’on trouve dans les massifs, c’est lui que l’on trouve dans les produits d’hygiène, c’est encore lui que l’on trouve en mélange dans les sachets parfumés à mettre dans l’armoire. Son parfum ? Bas de gamme, alors que la lavande est encensée…

Pourtant, lors d’une démonstration de distillation, le saisonnier qui opérait confiait à mi-voix préférer le lavandin et son parfum moins entêtant, avec cette petite note camphrée qui lui donne du corps.

 

 

 

Alors, le lavandin, pâle doublure lumière ou huile essentielle thérapeutique à part entière ? Sur Plante Essentielle, la question est tranchée depuis longtemps. Le lavandin a toute sa place dans nos trousses pour peu que la qualité soit au rendez-vous. Ses propriétés se rapprochent de celles de la lavande : calmante, anti-moustique, utile sur les piqûres et en cas d’effort sportif. Polyvalente, excellente, elle est pourtant dénigrée. Ici et là on vous explique qu’elle est juste bonne à figurer au menu des produits industriels, des détergents et produits de ménage. Elle n’a pas la subtilité. Elle n’a pas l’authenticité de la Provence dans ses gènes, car c’est une hybride stérile. Elle n’a pas la fameuse AOP. Mais qui est-ce que ça gène ? Créée pour les besoins de l’homme, de la main de l’homme, plante à haut rendement, intéressante commercialement, c’est un peu comme l’envers du décor idyllique, l’envers de la carte postale indigo et de la cueillette traditionnelle à la serpe. Evoquer le lavandin, c’est évoquer la culture intensive, la mécanisation de la cueillette et la distillation industrielle… Ca ne fait peut être pas autant rêver, mais ne soyons pas dupes, ce n’est pas parce que nous parlons de lavande que le sort est différent.

Les méthodes sont identiques, seul le discours publicitaire diffère. Vaut-il mieux préférer un bon lavandin, au prix abordable qu’une lavande fine dont le prix atteint des sommets vertigineux dans les lieux touristiques ?

huiles essentielles AOP

Huiles essentielles AOP lavande vraie : buzz commercial ou défense du patrimoine ?

L’AOP change la donne. Elle donne le droit aux exploitations se situant dans une zone au-dessus de 800m dans quatre départements, Drôme, Vaucluse, Alpes de Haute Provence et Hautes Alpes de prétendre à ce signe de qualité. Les exigences restent néanmoins bien faibles en comparaison d’autres labels : pas de bio, pas de distillation artisanale, pas de récolte paysanne… simplement une distillation à la vapeur d’eau et un double examen olfactif et analytique. Ce que l’on exige normalement d’une huile essentielle, ici, sur Plante Essentielle. Moins bonnes les autres lavandes ? C’est eux qui le disent, en tout cas, le flacon chiffre à 25€ les 10ml pour une qualité olfactive qui me laisse perplexe. Pour moi elle reflète le process industriel et la distillation dans des alambics surdimensionnés qui distillent 1500kg bien tassés.

Mais l’avantage d’une AOP va au-delà de ces considérations un peu mesquines. En effet, une AOP, c’est faire reconnaître un historique, un savoir-faire, un produit du terroir. C’est donner de la valeur à quelque chose qui est en train de la perdre, c’est redonner du sens à cette lavande qui se fait doubler par des productions étrangères, loin du berceau d’origine. Réclamer une AOP, c’est réclamer la reconnaissance d’un patrimoine historique, culturel et naturel. C’est donner de la visibilité à cette lavande naturelle qui recule face à son hybride plus rentable et plus facile à vivre. Les huiles essentielles AOP ne nous empêchent pas d’avoir un regard critique vis à vis du produit proposé, de son mode de culture, de récolte, du savoir-faire du distillateur. Et c’est très variable d’une marque, d’un producteur à l’autre.

C’est simplement l’indice que nous sommes face à une huile essentielle, une vraie, distillée à la vapeur d’eau et qui provient d’un terroir unique, celui de la Haute-provence. On peine à l’imaginer, nous les amoureux des huiles essentielles, mais on trouve très souvent en vente sous la dénomination “Huile essentielle de lavande”, des produits importés ou à base de lavandin, ou reconstitués avec des composants synthétiques. C’est aussi pour contrer cette menace du bas de gamme érigé en norme que l’AOP s’élève.

Et vous ? Vous avez profité de vos vacances pour aller voir des plantes aromatiques ou des lieux emblématiques de la distillation ?

Recherches utilisées pour trouver cet article:huile essentielle distillation dans un pays différent de celui de récolte

    6 replies to "Des huiles essentielles monastiques aux huiles essentielles AOP : voyage au pays de la lavande"

    • Dominique z

      Bonjour Cécile

      Chez un petit producteur de la Drôme il vend de l’HE de lavande fine sauvage bio (1150 m d’altitude) sous 2 formes, l’une feu de bois et cuve en cuivre (13€ les 10 ml) et l’autre pression et cuve inox (9.80€ les 10 ml ou 26€ les 30 ml). En cuve cuivre serait une distillation plus lente et une meilleure qualité olfactive. J’ai senti les 2, mais mon nez n’est pas assez affuté pour faire la différence.
      Qu’en penses tu ?

      • Cécile MAHE

        Bonjour Dominique, si ton nez ne fait pas la différence… c’est que ça n’a pas tant d’importance 😉 Après, ce sont des discussions d’experts. La cuve en cuivre est aussi critiquée par certains détracteurs comme laissant des résidus (tout le discours sur les métaux lourds etc, le feu de bois consomme… du bois. La cuve inox est plus moderne, pas forcément plus mauvaise. Donc au final, tu as raison d’avoir senti les deux, car ça se fera au nez ce choix-là

    • Marie-Christine

      J’ai découvert cet été des productions de lavande bio dans le Gers (La Ferme du Hitton notamment) qui me paraissent tout à fait intéressantes. Je vous invite à aller voir leur site et jeter un coup d’œil sur leurs ânes, trop mignons.
      Merci pour ton article Cécile.

    • EvelyneD

      Très bel article !
      Au cours de mes vacances j’ai pu constater toutes sortes de choses et je pense que la lavande est une des plus grandes sources d’arnaques parmi les huiles essentielles malheureusement.
      As-tu eu l’occasion de vérifier ma demande pour le Château du Bois pour l’annuaire ? Ils vendent de l’AOP.

      • Cécile MAHE

        Merci pour ce retour Evelyne, effectivement j’ai vu moi aussi beaucoup de choses bizarres sur les étals destinés aux touristes 🙁
        Exact, ils font partie de l’AOP. Production “industrielle” à mon sens

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