Quelle solitude pour le témoin prostré, apeuré et transi d’effroi… qui prend en considération son trauma à lui? Les protagonistes sont interrogés, accompagnés, pris en charge par la police et les pompiers. Le bourreau et la victime choyés par les autorités. Mais le témoin? Choqué, incapable de bouger un pied, il n’ose pas se montrer. Pas de parole réconfortante pour lui. Personne ne s’enquiert si il va bien. Le témoin, personnage clé de la scène, qui a peut-être par son appel à l’aide qui lui a tant coûté, décidé de l’issue d’une situation sur le fil. Le témoin est invisible. Le témoin est seul, impuissant. Le témoin a un mal qui ne se voit pas et n’est pas pris en compte. Aucun numéro d’urgence pour lui, c’est pour les victimes. Il n’est pas suicidaire, il n’est pas dépressif, il n’est pas alcoolique, alors aucun numéro d’aide ne correspond à son cas: son mal n’existe tout simplement pas.

Et pourtant il a mal, il revit la scène encore et encore. Retourne dans sa tête la violence des coups, ressens encore le choc dans sa poitrine lorsque l’un des hommes est tombé face contre terre, immobile, les bras désarticulés, laissé pour mort sur le parking. Il se réveille la nuit tremblant et pleurant, ressentant encore et encore la peur dans ses entrailles. La culpabilité le ronge: a-t-il fait ce qu’il fallait? A-t-il bien réagi? Ce n’était pas ses affaires… et si… . Et si il était en danger? Si on savait que c’était lui? Personne ne saura jamais de quels tourments il est à la merci.

Que lui arrive-t-il? Pourquoi cette peur? Pourquoi ces images en boucle? Personne ne considère le témoin. Le témoin n’a rien. Alors pourquoi est-il dans cet état? Il ne comprend pas. Et il pleure, il pleure de peur, de culpabilité, d’incompréhension. Mais il sait qu’il n’a rien: il n’était pas l’un des personnages clés de la scène. Il n’a rien et pourtant il se sent si mal. Cette violence, cet homme qui abat ses poings, cette femme qui hurle depuis le fond de ses entrailles de douleur à la vue des hommes en sang qu’elle a  tenté de séparer juste avant. C’est effroyable, mais peut-être que ça n’a jamais existé? Et si c’était un rêve, un cauchemar? Le 17 est pourtant affiché sur l’historique des appels. Et cette voix posée qui demande des infos et une adresse est toujours en boucle dans sa tête.

Je n’ai pas appelé assez tôt se dit le témoin. Je n’avais pas à le faire, ce ne sont pas mes affaires s’accable le témoin pendant que les images hantent ses nuits. Pendant qu’il prend sur lui pour oser remettre un pied dehors, puis s’en retourner pour se barricader. Le témoin est un dommage collatéral, invisible.

Pourtant, le témoin d’une scène violente souffre de stress aigü. Il a été soumis à un niveau de stress tellement intense, que son état de conscience s’est violemment modifié à un instant précis. Ce qu’il a fait, la manière dont il a agi à ce moment précis a été dicté par quelque chose en dehors de lui-même.

Ce qui a été infligé l’a été à un niveau énergétique. Physiquement il n’a rien. Psychologiquement, les conséquences sont bien réelles, tangibles.

Soumis à un stress aigü

Ce témoin, c’est moi. Dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai été témoin d’une scène d’une violence inouïe qui m’a ébranlée au plus profond. J’ai été tétanisée, dans un état second et complètement démunie devant le manque de ressources et de soutien auquel je me suis heurtée. La détresse du témoin n’existe pas, et cet abandon, cette solitude vient s’ajouter au choc subit. La prise en charge psychologique est inexistante. On ne sait pas à qui s’adresser. Et comme pour notre santé physique, il est utile d’avoir à disposition ses propres ressources, dans mon cas les huiles essentielles. Heureusement. Encore.

Il fait nuit, je rattrape mon épisode en retard de top chef. Des éclats de voix m’alertent. Je vis en ville, c’est monnaie courante, mais ceux-là me font froid dans le dos. Quelque chose me glace. Je vais voir à la fenêtre. Deux hommes se disputent, s’invectivent. Ca arrive, mais quelque chose ne tourne pas rond. Il y a quelque chose de menaçant qui m’empêche de tourner les talons et de revenir à mon feuilleton. Je prend mon courage à deux mains pour crier par la fenêtre que si ça ne se calme pas, j’appelle la police. Personne ne m’entend, ils sont trop occupés à crier, à se pousser. L’un deux semble alcoolisé. Je ne sais pas quoi faire, je ne peux pas appeler la police car deux hommes qui parlent fort, ça ne me paraît pas un motif valable, bien que mon intuition tente de se frayer un passage dans mes raisonnements. Je vois avec soulagement une femme descendre pour les séparer. Mais bientôt une inquiétude encore plus grande monte en voyant cette femme toute petite essayer de séparer des géants. J’ai peur pour elle, le stress monte, de grands gestes valsent au-dessus de sa tête. Je pars chercher mon téléphone, mais je n’arrive pas à composer le 17. On n’appelle pas la police pour une bête dispute… à quel moment on appelle la police? Personne ne nous ne le dit ça! A quel moment il sera trop tard? Je ferme les yeux et prie pour que ça s’arrange, en retour je ressens un énorme coup dans ma poitrine, j’ouvre les yeux et je vois l’un des deux hommes qui se jette sur l’autre, le frappe et continue à le tabasser au sol.

Je compose enfin le 17, enfin mon doigt le compose, moi je ne suis plus là, j’entends hurler la femme, je vois les coups s’abattre, l’homme est face contre terre, de tout son long, les bras désarticulés, il ne bouge plus. L’assaillant se relève dans une posture monstrueuse de puissance. Au bout du fil, le message d’attente qui dure des heures. Je détache mon regard de la scène, je suis de nouveau dans mon corps, je tremble de tous mes membres. Au téléphone, je bégaye, je ne sais plus, j’ai peur, mais j’arrive quand même à donner l’adresse. J’ai peur de représailles, j’ai peur de donner mon nom, j’ai peur d’avoir halluciné, j’ai peur de m’être inquiétée pour rien, j’ai peur, je suis transie de peur comme je l’ai jamais été.

J’essaye de me calmer, de respirer, de me remettre devant la tv. En bas, tout est silencieux, l’homme mort a disparu. Il a sans doute ressuscité, c’est idiot mais je ne sais pas ce que j’ai vu, je ne sais plus. La première huile essentielle qui me vient sous la main, c’est du sapin pectiné. Je remarque que j’étais en apnée. Elle me fait du bien. Une goutte je frotte mes mains, je respire. Je me calme et j’arrête de trembler. Après ce sera le défilé, des policiers, d’abord deux, puis quatre avec les gendarmes, puis les pompiers, encore des éclats de voix, je suis rassurée qu’ils soient là. Comme je suis rassurée qu’ils soient là! Une immense gratitude pour ceux qui sont souvent critiqués alors qu’ils sont là pour nous protéger. L’homme ne veut pas porter plainte. Les pompiers repartent à vide, ça ne devait pas être si grave. Mon Dieu, quelle idiote, j’ai appelé pour rien, quelle stupide angoissée je fais. Un voisin est interrogé: il a tout vu, oui, il était là… mais pourquoi il n’a rien dit? Pourquoi il n’a pas appelé, lui?

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Je suis incapable de me montrer. Je suis agenouillée derrière mon rideau, je n’arrive plus à bouger. Je ressens une immense culpabilité. Je n’aurais pas du appeler. Non, je n’aurais pas du m’en mêler, ils avaient certainement une bonne raison de se disputer. Les images de la scène me harcèlent. C’est à ce moment là que je réalise que je suis choquée. Je réalise ce qui se joue à l’intérieur de moi. L’hélichryse est la seule huile essentielle qui me ramène à moi dans ces cas-là. Une goutte sous chaque pied. Je me sens densifiée. Je suis de nouveau là, rassemblée, à peu près. Je vais me coucher. La nuit sera longue, des cauchemars, les images, la peur de croiser l’agresseur. Et si il savait que j’avais appelé? Peut-être qu’il va me frapper? Terreur. Paranoïa.

Accepter le fait que le témoin a le droit d’être en souffrance

Le lendemain matin, je me réveille fatiguée. Je me met à pleurer, sans raison, entre le petit-déjeuner et la douche, puis encore. Pourtant il ne m’est rien arrivé, j’en suis persuadée. J’appelle une amie. Elle m’apaise, me rassure et me fait réaliser que j’ai besoin d’un soutien psychologique. Je fais quelques recherches sur internet, j’essaye d’appeler des numéros qui ne répondent pas. Et les numéros qui répondent (SOS Amitiés), je raccroche avant d’être mise en contact: je ne sais pas quoi dire et en plus ça me fait penser à la scène du tableau dans le père noël est une ordure… ça me rend hilare. Il est marqué qu’il faut être suicidaire, alcoolique ou femme battue sur beaucoup de numéros d’urgence à l’exception de SOS Amitiés… Je culpabilise d’avoir besoin d’aide alors que je n’en ai pas besoin: je ne rentre dans aucune des cases prévues pour cet effet. Mais mes recherches m’ont rassurées, certains sites m’ont éclairé. Ce que j’éprouve est normal.

Cet article notamment est celui qui m’a le plus aidé en précisant que le témoin peut être en souffrance. C’est celui qui m’a fait le plus de bien en décrivant exactement les symptômes que j’avais, voici quelques extraits:

« La personne qui souffre de trouble de stress post-traumatique peut être la victime, ou simplement le témoin de la scène traumatisante. »

« La sévérité et la durée de l’événement ainsi que la proximité physique de la personne exposée sont des facteurs de risque pour l’apparition du trouble. Plus que la gravité réelle des événements traumatiques, c’est la gravité perçue qui semble décider de l’apparition d’un trouble de stress post-traumatique. »

« Presque toujours, le traumatisme initial provoque un sentiment de peur intense, voire d’horreur et d’impuissance. La personne traumatisée revit ensuite en permanence l’événement à travers des souvenirs, des cauchemars ou des « flash-backs » qui apparaissent par surprise. Parfois, les sensations physiques ressenties au moment du traumatisme resurgissent à l’improviste. »

« Face à ce type d’événement, il est normal de ressentir un choc : c’est la réaction dite de « stress aigu », qui dure habituellement moins d’un mois. »

Normal mais pas agréable et ça ne change rien à ces flashs non sollicités qui surgissent ou à ces pleurs intempestifs.

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Huiles essentielles et choc psychologique

Je décide d’expérimenter l’utilisation des huiles essentielles, pas pour faire du bien, ou apaiser mais pour soigner. Je commence décidément à être coutumière de l’utilisation de l’aromathérapie sur les chocs émotionnels. C’est cool, je vais développer une expertise, mais si l’univers pouvait se trouver un autre cobaye, ce serait mieux (tiens, un peu de colère, on avance dans les traditionnelles phases).

Depuis quelques temps, mes incursions dans les mystères de l’aromathérapie énergétique m’ont mis sur la piste d’une utilisation des huiles essentielles pour adresser les traumas enfouis et guérir des plaies de l’âme. Celle-ci n’a rien d’enfoui, mais je décide de prendre mon courage à deux mains pour tester la technique que j’ai mise au point. Je ne lésine pas sur les moyens: la Rose m’appelle, ce sera la Rose, ce n’est pas le moment de céder à l’avarice. D’autant que la peur profonde que j’éprouve va avoir besoin d’énormément d’amour pour se laisser détacher. Je le visualise comme des choses qui s’accrochent énergétiquement. Les micro-traumas se sont infiltrés en état de conscience modifiée (j’étais dans un état second, comme sortie de moi), il est donc naturel de les déloger sur le même plan.

Une trentaine de minutes seront nécessaires au cours desquelles le « nettoyage » s’effectuera avec le concours d’une pierre également, la Larimar.

Je ressens comme à chaque fois après ce type de soin, une grande fatigue mêlée à une certaine euphorie, une sensation de flotter légèrement (les huiles essentielles, bien mieux que la drogue!). La nuit sera réparatrice et je me lève de bonne humeur, avec entrain. Certains diront certainement que ce type de stress disparaît de lui-même en 24h-48h. Peut-être. Nous ne saurons jamais prouver que l’absence d’intervention aurait eu le même effet que l’utilisation d’une huile essentielle. Pour ma part, les flashs ont cessé immédiatement, le sentiment oppressant de culpabilité s’est envolé et je n’ai pas réfléchi ce matin en allant chercher mon pain. C’est une fois dehors que j’ai réalisé que je n’avais plus peur de sortir. Par contre, j’éprouve une grande fatigue. Deux jours après, je suis fatiguée, cette histoire m’a vidée littéralement.

Les numéros d’urgence

Car au-delà des huiles essentielles, il faut parler. Parler pour prendre conscience de ce qu’on est en train de vivre. Parler pour réaliser la réalité de ce qui s’est passé. Parler pour extérioriser. Et tout le monde n’a pas quelqu’un a qui parler. Et je voulais vous dire: nous sommes tout à fait légitimes à appeler ces numéros. Ils sont là pour ça, pas pour les autres:

https://www.infosuicide.org/urgences-aide-ressources/lignes-decoute/

 


    3 replies to "Témoin d’une agression: choc, stress aigu et prise en charge par l’aromathérapie"

    • Dominique

      Bonsoir Cécile Mahé,

      Je suis désolée que vous ayez eu à assister à ce genre d’évènement traumatisant reprendre le dessus dénote une force de caractère.
      Je pense que j’aurai agit de la même manière pour aider dans l’urgence. Les huiles essentielles ont l’incroyable pouvoir de soutenir un état d’esprit, de soulager physiquement des tensions et rassurer un cœur et cela dans un même espace-temps.
      Une merveille de la nature!

    • Patrick

      Être témoin d’une agression est une agression psychologique pour soi-même très dure à surmonter et il faut se faire aider effectivement.
      Tu as fait ce qu’il fallait à mon avis car il ne faut pas laisser s’installer la violence mais je te comprends bien, avec du recul, ce n’est pas évident de prendre cette décision
      Tu as bien fait de te jeter sur la belle Elichryse je suis comme toi et c’est vraiment une huile exceptionnelle dans ces cas là, qui nous fait reprendre confiance et retrouver les ressources enfouies en nous pour affronter la suite.
      La Rose dans un deuxième temps est LA vraie huile pour aider à contrer la peur et la destruction de nos repères suite à une agression dans ce cas là, il faut rechercher beaucoup d’amour pour vaincre ce ressenti et la Rose est là pour ça.
      En tout cas tu as été très forte, bravo, tu mérites maintenant un peu de calme et de sérénité pour te reconstruire.
      Merci pour ce dur partage, Cécile, je te soutiens moralement et t’envoie plein de bonnes ondes pour la suite.
      Aromatiquement.
      Patrick

    • Roberta

      Ce doit avoir être horrible! J’espère que vous vous sentez mieux, merci les huiles essentielles! Vous avez bien fait d’appeler la police!

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