J’avais rédigé, il y a fort longtemps un article sur le stress, en donnant quelques pistes pour utiliser les huiles essentielles et surtout en vous incitant à interroger les causes pour choisir l’huile essentielle la mieux adaptée. Certaines approches phénoménologiques permettent en effet de relier l’action des huiles essentielles à certaines émotions et vécus. L’approche est parfois qualifiée d’énergétique, c’est ce qu’on va retrouver dans les ouvrages de Mailhebiau ou de Bosson. On va alors chercher une certaine correspondance entre l’huile essentielle et la personne, une sorte d’alliance thérapeutique. Ca n’est pas toujours évident, dans le sens ou dans les manifestations d’anxiété, d’angoisse, la sensation est diffuse et la cause difficile à cerner

Une autre approche, celle que j’affectionne particulièrement de l’aromathérapie scientifique avec la relation structure-activité des molécules nous permet aussi de sélectionner les meilleurs huiles essentielles en fonction de notre problématique. Et quoi de mieux en cas d’angoisse de trouver des huiles essentielles anxiolytiques, sédatives, euphorisantes sans avoir à mettre le doigt sur une cause, une raison, une explication qui nous échappe. Leur efficacité est connue et prouvée grâce à la présence de molécules qui ont été étudiées, dans les huiles essentielles, mais pas seulement (eh oui, la chimie industrielle en a copié quelques unes!).

Donc aujourd’hui, focus sur quelques constituants de nos huiles essentielles qui devraient vous émerveiller ! Mais avant ça, un petit rappel sur la notion de totum ou de « pool » de molécule pour reprendre l’expression de Franchomme. Nos huiles essentielles sont composées non pas d’une molécule, ou même d’une famille de molécule, mais bien d’un ensemble, naturellement équilibré, où certaines, celles qui nous semblent les plus intéressantes, sont parfois présentes en si petites quantités que l’on pourrait être tenté de se dire « oh tant pis, ça n’en vaut pas la peine ». Ce serait un raisonnement trop hâtif, car pour paraphraser « la nature a choisi d’équilibrer les huiles essentielles au profit des molécules relativement moins actives (NDLR : à propos de la famille des esters), car les plus actives ont une puissance telle qu’elles sont aptes à ‘déconnecter’ du réel quiconque en abuse ». Alors pas d’inquiétude, on va laisser de côté nos calculs et pourcentage car dans le cadre du système nerveux, l’action est suffisamment subtile sur nos récepteurs neuronaux pour que nos stars remplissent leur office. Et oui, le paradis artificiel peut se trouver dans les huiles essentielles ! Enfin, plutôt un paradis naturel et sans effets secondaires, ce qui est plutôt pas mal !

 

Le beta caryophyllène et les récepteurs CB2 du système endocannbinoïde

Je ne vais pas revenir sur cette molécule qui fait partie de la famille des sesquiterpènes, car on l’a déjà vu dans l’article sur l’huile essentielle de chanvre. Découverte dans les années 30 pour pallier à l’interdiction du chanvre indien et ses effets psychotropes, elle agit sur les récepteurs CB2, comme le cannabidiol(CBD) avec un effet anti-douleur qui se traduit par une détente musculaire et un effet anxiolytique.

On le trouve

Huile essentielle de chanvre

Huile essentielle de Basilic grand vert

Huile essentielle de Poivre noir

Huile essentielle de Copaïba

Huile essentielle de Marjolaine à coquilles

Huile essentielle d’Ylang-Ylang (je vous le glisse ici, même si ce n’est pas un % très important, car cette huile essentielle est ma chouchoute)

A noter que les huiles essentielles riches en sesquiterpènes (la famille du beta-caryophyllène) sont associées à la notion d’ancrage, de méditation.

L’anthranylate de méthyle de la Mandarine zeste et du Petit-grain mandarinier

Alors celui-là c’est un ester un peu particulier car il est photosensibilisant, mais ça ne devrait pas nous arrêter car on a là une molécule puissamment sédative et anxiolytique. Comme tous les esters vous allez me dire ! Oui, c’est vrai, car grâce à leur action antispasmodique les esters (et c’est valable aussi pour la famille des ethers qu’on retrouve d’ailleurs dans le basilic cité juste au-dessus) inhibent le système sympathique de notre système nerveux (il y a le sympathique et le parsympathique). C’est le système qui est activé en cas de stress, qui nous met sur le qui-vive, prêts à réagir, libère le cortisol et fait monter la tension. En inhibant ce système-là, nos esters nous donnent un peu de repos bien mérité et favorisent le sommeil. Comme avec le beta caryophyllène finalement, on est sur de la détente.

D’autres esters sont particulièrement efficaces et notamment le benzoate de benzyle qu’on retrouve dans l’huile essentielle d’Ylang-Ylang (ou dans le baume du Pérou). Et on ne peut pas passer à côté de la Camomille noble qui contient de l’angélate d’isobutyle, qui peut plonger la personne dans un état de détente profond, comparable à celui qu’on obtient avec une préanesthésie chimique (application nuque, cou, carotide).

A lire en complément:  Le message des plantes : transmission de savoir et co-naissance

Nos esters agissent sur la zone céphalique avec un effet clairement psychotrope. A priori, ils se fixeraient sur les récepteurs dopaminergiques et serotoninergiques responsables de notre bonne humeur. Et si il y a des coumarines en plus, là on est sur un sédatif puissant ! Elles sont aussi présentes dans la lavande fine, avec l’acétate de linalyle (un autre ester!), ce n’est pas pour rien que c’est une des stars des huiles essentielles anti-stress. On trouve les coumarines dans la famille des apiacées et des agrumes par exemple.

A noter que les citrals et citronnellal ont aussi une activité sédative, calmante pour le système nerveux. On les trouve dans la citronnelle, l’eucalyptus citronné, la verveine odorante.

Tout cela est bien beau, et bien utile en cas de crise d’angoisse. Mais si on a besoin d’un coup de boost ? Une activité plutôt tonique ? A l’inverse, on a des huiles essentielles qui vont stimuler le système nerveux. Jusqu’à en être euphorisantes ! De quoi oublier ses angoisses.

Le linalol, une activité stimulante et euphorisante

Le linalol a la réputation de réguler l’humeur. Des études montrent une élévation du taux de dopamine et une diminution du taux de cortisol dans l’organisme.

On lui attribue des propriétés anxiolytiques, mais aussi anesthésiantes (finalement, le traitement physique de la douleur, comme message du système nerveux est à rapprocher du traitement des psychoses et autres maladies faisant intervenir le système nerveux!). A haute dose, il s’avère euphorisant. On le trouve dans le bois de rose, le bois de Hô, le thym à linalol, la lavande fine (encore!), l’Ylang-Ylang (encore!). A noter que l’alpha terpinéol-4 (dans la Marjolaine à coquilles!), le menthol et le géraniol ont aussi cette action anesthésiante en application topique. Et non, ce n’est pas antinomique d’avoir dans la même huile essentielle des molécules sédatives et des molécules euphorisantes. La nature est bien faite et – ça c’est mon interprétation personnelle- c’est certainement la raison pour laquelle l’utilisation des huiles essentielles est nettement plus agréable que celle d’une molécule isolée (je pense à la mode du CBD), mais pas moins spectaculaire, surtout si on prend le temps de le faire sur plusieurs jours.

Les monoterpénols permettent de « recharger » l’axe psycho-neuro-endocrino-immunitaire. En cas d’épuisement lié à un tempérament nerveux, ces huiles essentielles sont idéales pour recouvrer un peu d’énergie.

A noter que le ravintsara est, comme la marjolaine à coquilles utilisée pour l’endormissement des enfants ! On dit qu’elle « secoue les léthargiques, relève les déprimés et rassure les angoissés (Faucon) » Elle contient de l’acétate de linalyle et du terpinéol- et… du beta caryophyllène. Il s’en cache des choses derrière son chémotype à cinéole !

D’ailleurs en parlant d’HE à chémotype cinéole… pour la petite histoire, ma mère m’a demandé ce que j’avais au téléphone la semaine dernière: j’avais l’air surexcitée, de bonne humeur, euphorique. Impossible de me rappeler sur le coup, et c’est en recherchant dans mon carnet (je note tout!), que je me suis rappelée que j’avais une petite infection que j’ai traitée avec du niaouli (beta caryophyllène, terpinéol, alpha et beta pinènes!)! C’est assez fou comme notre humeur peut être changée en un rien de temps avec les huiles essentielles! Du coup, allez zouh, je m’en remet un petit coup cette semaine héhé.

Les alpha et beta pinènes pour une action sur les surrénales

Si on ne veut pas mettre le système sympathique en veille, on peut au moins tout faire pour soutenir l’organisme mis à rude épreuve et notamment les glandes surrénales responsables de la production du cortisol et de l’adrénaline. Les huiles essentielles d’épinette noire et de pin sylvestre sont particulièrement adaptées. Mais ça j’en ai déjà parlé.

Une synergie d’huiles essentielles pour l’anxiété

Voici des combinaisons que j’aime bien. Dans le cas du stress, c’est important d’avoir des parfums agréables. Il est tout à fait possible d’utiliser une seule huile essentielle, en massage, diluée (10 gouttes d’HE pour une cuillère à soupe d’huile végétale).

Basilic+ citronnelle, après manger

Ylang-Ylang+ Patchouli+ orange douce, plutôt pour l’endormissement, calmante

Ravintsara-poivre noir, pour dynamiser dès le réveil

Nard+ Laurier noble + bergamote, pour lâcher prise en cas de contrariété dans la journée

Petit-grain mandarinier (tout seul) dans une boisson type lait végétal- attention les HE ont besoin de gras, on ne peut pas les diluer dans l’eau

Mais toutes les combinaisons sont possibles, ou l’utilisation d’une seule huile essentielle !


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